Scandale sanitaire ou fausse piste ?

Des éleveurs aux troupeaux décimés accusent les ondes électromagnétiques

Confrontés à une mortalité mystérieuse, plusieurs agriculteurs de l'ouest de la France mettent leurs difficultés sur le compte d'éoliennes ou d'antennes-relais.

 

 Patrick Pilon tient un de ses lapereaux devant des cages de plein air, le 22 août 2019, à Saint-Longis (Sarthe). Derrière lui, une antenne-relais soupçonnée d'être impliquée dans la mort de milliers de lapins. (YANN THOMPSON / FRANCEINFO)

 

 

Yann ThompsonFrance Télévisions

Mis à jour le 04/09/2019 | 06:58
publié le 04/09/2019 | 06:58

 

Quinze rangées de cages, un soleil de plomb et un silence de mort. Un homme s'avance dans la longue enfilade et soulève le volet métallique d'un clapier. Assaillis par la lumière, des lapins aux yeux rouges et au poil blanc s'agitent en saute-mouton. Une paire d'oreilles reste immobile. Le corps est raide, comme empaillé. L'animal est mort, victime de diarrhées. L'éleveur désigne les survivants. "Demain, c'est un autre lapereau, en pleine forme aujourd'hui, qui aura succombé."

Depuis cinq ans, l'élevage intensif de Patrick Pilon s'est transformé en cimetière. L'agriculteur de Saint-Longis (Sarthe) a recensé 270 000 décès, soit près de 150 par jour. "J'ai un taux de mortalité de 35%, alors que le taux normal est inférieur à 10%", souligne-t-il. L'hécatombe a débuté en octobre 2014, sans raison apparente, et le mystère n'est toujours pas élucidé.

Alimentation inadaptée ? Défaut de soins ? Maladie passée inaperçue ? "Je me suis demandé si je n'étais pas devenu un mauvais éleveur", raconte le quinquagénaire, dont la production inonde les supermarchés depuis près de 30 ans. Après diverses visites et analyses, les services vétérinaires ont fini par le mettre hors de cause. Les regards se sont tournés vers l'antenne-relais la plus proche, qui trône à une centaine de mètres de l'exploitation.

 

Une "descente aux enfers"

 

L'installation du pylône incriminé date de 2004, soit bien avant le début des ennuis de Patrick Pilon. Mais, depuis, des antennes ont été ajoutées sur la structure. L'un des nouveaux faisceaux 3G/4G a été dirigé vers les bâtiments cunicoles situés en contrebas. Date de l'ajout : octobre 2014. Haut les mains, peau de lapin, l'éleveur est persuadé de tenir un coupable.

 

 

Farfelu ? Personne n'a de meilleure explication. "La difficulté, c'est d'en apporter la preuve", se lamente le président de la chambre d'agriculture de la Sarthe, Michel Dauton. L'organisme a fait intervenir un géobiologue, dont le travail consiste à détecter les influences de l'environnement sur le vivant. Ce sourcier des temps modernes a mesuré les hyperfréquences et a détecté un niveau d'exposition "trop important", qui "peut s'expliquer par la présence d'une antenne-relais". Faute de fondement scientifique de la géobiologie, de telles conclusions ne suffisent pas. Et aucune parade efficace n'a été proposée à l'éleveur.

 

Connaîtra-t-on un jour le fin mot de l'histoire ? Pour Patrick Pilon, il est déjà trop tard. Son entreprise, qui a compté jusqu'à deux associés et trois salariés, meurt à petit feu. En redressement depuis mars 2018, elle doit être placée en liquidation judiciaire, jeudi 5 septembre. "Ma dignité en prend un coup, dit le Sarthois. Je vais me retrouver à la chaîne, à bosser à l'usine."

 

L'homme affable à la chemisette rayée est sous antidépresseurs. "A la maison, je ne parle que de mes soucis, à tel point que ma femme a l'impression de perdre son mari, confie-t-il. J'ai peur de ne jamais retrouver mon optimisme." La faillite de sa société va lui coûter 320 000 euros, qu'il va financer en vendant une large partie du patrimoine familial. "J'ai le sentiment de bouffer l'argent de ma femme et de mes enfants. Ma famille est impuissante devant cette descente aux enfers."

 

Après l'élevage, Patrick Pilon n'entend pas tourner la page. Il bataillera pour obtenir une indemnisation. Pour défendre son honneur, aussi, bafoué par les sceptiques. Dans son département, il affirme avoir identifié "trois autres élevages" aux difficultés similaires aux siennes. Il en appelle aux services de l'Etat, jusqu'ici restés discrets (une éventuelle saisine de l'Agence nationale des fréquences est à l'étude).

 

 

De son côté, la chambre d'agriculture évoque déjà "une montée en puissance des problématiques liées aux ondes électromagnétiques sur les élevages agricoles". Après avoir alerté la préfecture à ce sujet, son président appelle à "davantage d'intérêt et de respect" pour "le désarroi et la misère" de ces éleveurs.

 

Troupeau contaminé, hanté ou maltraité ?

 

Mi-août, la détresse avait rendez-vous en Bretagne. Stéphane Le Béchec a organisé un week-end d'alerte dédié aux ondes et aux "perturbations électromagnétiques majeures" observées sur sa ferme. Il a recensé 350 participants dans ses champs d'Allineuc (Côtes-d'Armor), dont "un tiers d'éleveurs" et un bon nombre de personnes électrosensibles. "On est tous convaincus que cette question est le prochain scandale sanitaire", lâche-t-il sous sa casquette.

 

 

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