Ce collectif varois anti-Linky reste chargé à bloc

28/09/2018

 

  • Draguignan

  • Vie locale

PAR R.A  

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En Pays de Fayence, certains n’hésitent pas : ils barricadent leur compteur pour empêcher la pose d’un Linky. La démarche reste risquée sur le plan judiciaire, mais semble être la seule qui soit efficace aux yeux du collectif.

 

A l’Est du département, un petit groupe de militant entend bien diffuser son opinion concernant la nocivité supposée du nouveau compteur d’Enedis. Le combat reste difficile.

 

Linky, un petit nom tout mignon qui cache, selon d’irréductibles opposants, une véritable bombe à retardement en ce qui concerne la santé publique ou la vie privée. Diffuseur d’ondes nocives autant que mini-espion, le nouveau compteur qu’Enedis (filiale d’EDF chargée de la gestion et de l’aménagement du réseau électrique) est aux yeux du collectif du Pays de Fayence l’incarnation d’un danger immédiat.

Ils le disent haut et fort depuis plusieurs années, trouvant particulièrement écho auprès de la population est-varoise. Il faut dire que le dernier rapport (2017) de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) recommande "de mener des études, portant spécifiquement sur les compteurs communicants".

Il n’en fallait pas davantage pour apporter de l’eau aux moulins combattus par le collectif. Un combat compliqué, notamment parce que le compteur n’est pas la propriété de l’abonné, mais bien de la collectivité. Reste qu’Enedis n’a pas la compétence pour forcer l’installation.
Bref, il est à parier qu’on n’a pas fini d’entendre parler de Linky et de ses ennemis…

 

Montauroux, Fayence, Saint-Paul: ça bouge

 

Seillans et Bagnols: en attente

Sur ces deux villages, l’affaire semblait pliée: "A Seillans, avant même la création de notre collectif, la municipalité avait demandé l’arrêt de la pose des compteurs Linky." Reste que l’arrêté du maire pour transformer cette volonté en obligation tarde à être publié."Du coup, on continue à demander des rendez-vous, soupire Daniel Colombo. Mais la pose à grande échelle n’est programmée qu’en 2019, donc on a un peu le temps…" À Bagnols-en-Forêt, c’est un peu pareil… en plus compliqué: les problèmes judiciaires du maire (condamné en appel pour prise illégale d’intérêt, il se pourvoit en cassation) font que la situation est bloquée.

Pourtant, là aussi, le conseil municipal a voté pour un moratoire de trois ans sur la question...

Dans les villages, c’est compliqué

 

Mons: "Nous avons rencontré le maire, explique Daniel Colombo. Si elle semble sensible à notre lutte, elle estime que la lutte est inutile."

 

Tanneron: "Nous n’avons pas encore agi sur ce territoire. Une lettre aux élus du conseil municipal va être envoyée. Histoire de préparer le terrain…"

 

Callian et Tourrettes: c’est bloqué

 

Le village de Callian.

 

"Ils ne veulent rien savoir!" C’est la voix pleine d’amertume que les militants anti-Linky décrivent le dialogue de sourds qui les oppose aux maires de Callian et de Tourrettes. À Callian, Daniel Colombo parle même d’une "grosse bagarre" contre François Cavalier.

 

"Il est très courtois. Mais c’est bloqué, il ne nous écoute pas." À Tourrettes, c’est peut-être pire aux yeux du collectif. "Le maire ne croit tout simplement pas aux craintes liées à l’utilisation du nouveau compteur", se désole Michel Raynaud, conseiller municipal d’opposition.

 

Le militant anti-Linky a tout de même eu droit de publier un texte dans la parution officielle de la Ville. "Mais ils ont entrecoupé mon texte des “réponses” d’Enedis", grogne-t-il.

Un procédé effectivement problématique puisqu’il permet à l’entreprise d’avoir le dernier mot dans le débat. Là-bas, la liberté de choix est proposée par la mairie. "La meilleure des pires solutions, juge le collectif. Elle ne permet qu’aux initiés de s’opposer à la pose du compteur…"

 

La stratégie du collectif

 

Le temps des pétitions, c’est fini. La stratégie qu’emploie désormais le collectif Stop Linky repose davantage sur une prise de contact directe avec les élus des conseils municipaux. Avec, en ligne de mire, l’organisation d’une double audition. Soit 30 minutes de temps de parole partagés entre les anti et les pro Linky. À la suite de ce débat intervient souvent la proposition d’un vote lors du conseil municipal suivant. "On demande que le maire ne donne pas de consigne de vote, et que celui-ci soit fait à bulletin secret."

Et parfois, ça marche. Mais souvent, c’est insuffisant.

 

"Je ne laisserai pas installer ce compteur chez moi"

 

Christiane Nègre est prête à aller jusqu’au bout pour refuser l’installation du nouveau compteur.

 

Si la résistance au compteur Linky s’est organisée avec le collectif du Pays de Fayence, comme un peu partout en France, certains n’hésitent pas à s’y opposer personnellement et avec détermination. C’est le cas de Christiane Nègre, à Montauroux, qui ne veut pas de cet appareil qualifié d’ "intelligent". La septuagénaire est bien décidée à sortir victorieuse de ce combat du pot de terre contre le pot de fer.

"Le technicien est passé plusieurs fois dans notre rue (chemin du Petit-Engueiraou, NDLR). Je lui ai signifié qu’il n’était pas question qu’il change notre compteur", explique-t-elle, le ton plein d’énergie.

Linky c’est Big Brother

Spécialisée dans le traitement des données, Insiema est partenaire d’Enedis. Cette société est chargée de prévenir les abonnés des dates de changement de compteur. "Nous avons déjà reçu trois lettres nous informant du passage de leur équipe. Dès que la première est arrivée en juillet, nous avons écrit en recommandé avec accusé de réception pour faire part de notre refus. Mais ils insistent, ils nous demandent de dégager l’accès au compteur puisque le nôtre est dans une petite cabane en bois à côté du portail. C’est du harcèlement", commente Christiane Nègre, pendant que son mari montre les échanges de courrier avec le service clients d’Enedis.

 

"Je ne quitte plus la maison pour surveiller le passage de l’employé chargé de changer le compteur"

"On vit dans un monde où on veut nous robotiser. Moi je ne l’accepte pas. Linky, c’est fait pour contrôler, c’est Big Brother, selon la Montaurousienne. J’étais infirmière et je suis convaincue de la nocivité de ce compteur. Même s’il faut relever ma consommation, je préfère le faire plutôt qu’être bombardée d’ondes. Et il y a eu suffisamment de scandales sanitaires. J’ai un certain âge, je vais mourir comme tout le monde, mais je fais ça pour mes enfants et petits-enfants, pour pas qu’ils puissent penser qu’on a laissé faire ça…"

 

Côté opérationnel, elle a mis en place une stratégie de défense assez simple: "Je ne quitte plus la maison, je suis prisonnière chez moi car j’envoie mon mari faire les courses et je laisse le portail ouvert pour surveiller en permanence le passage de l’employé chargé de changer le compteur".

Ce dernier est encore passé voici quelques jours. "On l’a intercepté, raconte-t-elle. Il nous a répondu: “Vous n’y couperez pas”. Et je lui ai rétorqué: “J’y couperai encore la semaine prochaine”. Ce à quoi il m’a dit qu’on sera obligé de passer à Linky dans trois ans et qu’à ce moment-là, il faudra payer l’installation. C’est comme cela qu’ils font peur aux gens pour qu’ils les laissent faire. Dans le quartier, nous sommes tous âgés, ils en profitent…"

 

Prête à veiller dans sa voiture

 

L’intimidation, très peu pour elle. Même si sa propriété s’appelle "Le Grand chêne", Christiane Nègre est comme le roseau, elle plie mais ne rompt pas quand il s’agit de défendre ses convictions.

Elle s’est rendue à l’hôtel de ville vérifier que le conseil municipal a bien voté un moratoire: "Je l’avais lu dans Var-matin mais le technicien m’a dit que c’était faux. Pourtant en mairie on me l’a confirmé et on m’a indiqué que je pouvais appeler la police municipale si nécessaire."

Aujourd’hui, elle est prête à aller jusqu’au bout pour empêcher l’installation du Linky, sans violence bien sûr: "S’il le faut, je m’installerai dans la voiture et je monterai la garde toute la journée pour leur interdire de toucher à mon compteur".

 

Résolue comme jamais.

 

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