Le maire d’Alizay (PCF), Arnaud Levitre, reste opposé au compteur Linky.

05/06/2018

 

Depuis l'incendie d'un pavillon au Manoir le 18 mai 2018, la polémique sur Linky a repris. Maire d'Alizay, Arnaud Levitre précise les raisons de son opposition au compteur.

 

Si les expertises confirment que l’incendie au Manoir, vendredi 18 mai, a pour origine l’installation du compteur Linky, cela donnera-t-il plus de poids à votre combat ?

 

Je n’entre pas dans la polémique sur les incendies. Peu importe la raison, c’est un traumatisme énorme pour les victimes. S’il est démontré régulièrement que Linky est à l’origine, ça devrait surtout alerter davantage Enedis pour qu’elle fasse travailler ses ingénieurs sur la question. Cela peut porter notre cause, mais nous ne sommes pas dans une démarche technique. Elle est politique.

 

Linky hors de cause ?


Alors que les experts n’ont rendu aucune conclusion, la compagnie de gendarmerie nationale de Louviers conclut à une « surchauffe » : « Aujourd’hui, nous avons de plus en plus d’appareils ménagers. En fonction de ceux qui sont branchés, ça peut provoquer une surchauffe, surtout si les installations sont anciennes. »Pourtant, « les logements ne sont pas vieux », souligne le maire Daniel Bayart. Les habitations de la rue du Languedoc, gérées par la Siloge, datent de 2006-2007.

 

L’État et Enedis poursuivent Alizay au tribunal administratif pour votre délibération et votre arrêté refusant la pose de compteurs Linky dans la commune. Quand la première audience aura-t-elle lieu ?

 

La première audience n’a pas encore eu lieu. Ce ne sera peut-être pas avant septembre 2018. À partir de l’instant où le tribunal administratif nous signale qu’Enedis et l’État nous poursuivent, nous avons un mois pour faire un rapport précisant nos arguments. J’ai pris cet arrêté en m’appuyant sur la loi de 2005 sur le principe de précaution. Quand le préfet demande au maire de retirer l’arrêté, ce dernier a le droit de demander au tribunal administratif de définir si sa délibération et son arrêté sont légaux. Si c’est illégal, je prendrai acte. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

 

Quels sont alors les principes qui motivent votre refus ?

 

Certains maires disent que le compteur est obligatoire. Ils argumentent parfois en disant aux anti-Linky d’arrêter les portables parce qu’il y a des ondes. Sauf qu’avec le portable, on a le choix ! Avec Linky, on baignera dans les ondes sur le territoire, qu’on le veuille ou non. Et c’est un projet liberticide : on aura la possibilité de relever la consommation à distance et de savoir plus précisément comment vous consommez. Par exemple, vous faites cuire une dinde à Noël et un certain nombre d’appareils fonctionnent de façon inhabituelle. Linky ne supporte pas la surconsommation. Soit il disjonctera soit il demandera au consommateur de changer de contrat. Cela pose des questions sur les informations récoltées, sur la façon dont vous utilisez vos appareils et sur l’utilisation des données à des fins publicitaires.

 

On a l’impression que le compteur Linky pose plus un problème sociétal que technologique.

 

Nous pensons que l’énergie doit être un bien public. Ce n’est pas un bien de consommation comme les autres, elle est nécessaire à la vie aujourd’hui. Nous nous battons pour qu’elle reste accessible à tous les citoyens. Avec Linky, on tend vers la privatisation de l’énergie en France et ça fera comme les autoroutes, on ne paiera pas l’électricité au même tarif si on est à Paris, Bordeaux, etc.

 

Aucun compteur n’a été installé dans votre commune ?

 

Il y en a déjà à Alizay. Ce qui est installé le reste, mais à partir de maintenant, un compteur installé engendrera un dépôt de plainte.

 

Comment faites-vous pour vous assurer qu’aucun compteur n’est posé ?

 

Il y a deux mois, nous avons créé une cellule de veille. Quand une personne nous appelle en nous disant qu’Enedis est sur place, parfois avec un huissier, je me déplace avec l’arrêté. Malgré la délibération et l’arrêté, ils viennent à Alizay mentir aux administrés en faisant croire que la pose est obligatoire alors qu’elle ne l’est pas.

 

L’installation des compteurs Linky a été pourtant validée par les parlementaires…

 

À l’origine, c’est une recommandation européenne validée par Ségolène Royal dans le cadre de la transition énergétique. Cela étant, la liberté individuelle existe. Il ne doit pas être possible d’imposer un compteur quand on ne le souhaite pas et quand on a déjà un compteur en bon état de marche. De plus, les compteurs appartiennent à la collectivité, même si c’est par délégation à un syndicat, ici le Siege [ndlr : syndicat intercommunal de l’électricité et du gaz de l’Eure]. Pour qu’Enedis change les compteurs, il aurait fallu signer une convention avec toutes les collectivités.

 

Votre action contre le compteur Linky est-elle isolée ?

 

Nous sommes 650 collectivités à le refuser. Dans l’Eure, nous sommes sept collectivités à réfléchir à un collectif des maires anti-Linky, dont Yves Lanic, le maire d’Amfreville-sous-les-Monts. Nous voulons être plus nombreux à faire pression sur l’État, pour qu’il revienne sur cette folie de laisser une entreprise privée faire son OPA [ndlr : offre publique d’achat] sur l’énergie publique. Cela nous interroge sur notre rôle, en tant que maire, de protection de la population. Je ne veux pas qu’il se produise une catastrophe sur mon territoire sachant que je n’ai rien fait pour l’éviter.

 

Source : https://actu.fr/normandie/alizay_27008/le-maire-dalizay-pcf-arnaud-levitre-reste-oppose-compteur-linky_17106844.html

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