Compteurs Linky : la grogne monte

01/03/2018

 

 

Le déploiement des compteurs fin 2017 et les collectifs "anti" se multiplient

L'installation des nouveaux compteurs ne se fait pas sans heurts. Des collectifs antiLinky se mobilisent un peu partout en premier lieu pour dénoncer une installation à marche forcée de ces compteurs communicants dont ils pointent surtout "les ondes nocives qui se propagent dans tout le logement en continu."

 

Le 15 février dernier, l'assemblée Nationale a retoqué un amendement déposé par La France Insoumise et visant à permettre aux particuliers de refuser la pose d'un compteur Linky. Il s'agissait surtout de remettre ces compteurs au centre des débats, comme l'a fait un récent rapport de la Cour des comptes en épinglant le montage financier du déploiement par Enedis (ex-ERDF), à l'horizon 2021 de 35 millions de ces petits compteurs jaunes sur le territoire national.

Déploiement qui a commencé en fin d'année dernière sur le pourtour de l'étang de Berre, ou à la mi-janvier, comme à Ensuès-la-Redonne et Châteauneuf (lire par ailleurs). Les compteurs étant la propriété des collectivités locales qui, pour la grande majorité, en ont confié la gestion à des syndicats mixtes (Smed), il est difficile, pour les particuliers dont le compteur se situe à l'extérieur de leurs propriétés, d'empêcher les agents de le changer.

 

"Des effets nocifs"

 

Qu'importe, les "anti" ne désarment pas et assurent au contraire, que les maires ont le pouvoir de dire "non". Des collectifs se forment un peu partout. À Châteauneuf, l'association Eco-Relais porte ce combat.

À Ensuès, un collectif citoyen s'en est emparé et leurs arguments ne manquent pas. Exemple sur la technologie CPL (Courant porteur en ligne) qui diffuse ses ondes dans tout le logement, transformant le câblage en antenne. Les collectifs avancent les mises en garde de divers professeurs dont le Dr Belpomme (cancérologue) et le Pr Montagnier, prix Nobel de médecine.

Le premier dénonce "les effets nocifs des ondes électromagnétiques sur nos cellules", le 2e des "pollutions chimiques et électromagnétiques qui constituent une menace grave." Et d'opposer, donc le principe de précaution.

Enedis, en réponse, a attaqué le Dr Belpomme qui délivrait des certificats médicaux aux électrosensibles, pour empêcher la pose des compteurs. "Leur grand argument, explique Guy Defrance d'Eco-Relais, c'est de dire que nous avons déjà le Wifi et les téléphones portables, mais ça on peut le débrancher, pas le compteur !"

Quant à mesurer le rayonnement, les "anti" estiment que c'est leur "chronicité" qui fait le danger. La maire d'Aix, Maryse Joissains, a pris une délibération interdisant la pose des compteurs dans les écoles et les crèches. Le tribunal de grande instance de Grenoble a ordonné mi-novembre en référé le retrait du compteur d'eau à radiofréquences du domicile d'une Iséroise électrosensible.

La communication des données personnelles et les inquiétudes sur leur utilisation à des fins commerciales, l'augmentation de la facture (le comptage établi jusque-là en Kilowatt (KW) se fait désormais en kilovoltampère (KVA) ou encore l'installation forcée, la mise au rebut de 35 millions d'anciens compteurs, une gabegie financière, sont autant d'arguments des collectifs qui accusent également ces nouveaux compteurs de disjoncter et de provoquer des incendies.

"Souvent, le Linky disjoncte alors les abonnements passent de 9 à 15 kw/h et Enedis répond que c'est parce que l'installation n'est pas aux normes." Et de pointer un dispositif qui ne respecterait pas l'esprit de la loi puisque ces compteurs ne sont finalement pas équipés de l'affichage déporté qui devait permettre une consommation au plus juste.

Lundi dernier, un départ d'incendie a eu lieu dans une maison d'Ensuès "mais Enedis est venue remplacer le compteur dans la foulée", note le collectif.

Même mésaventure mais aux conséquences plus lourdes pour un couple de locataires de Châteauneuf dont l'appartement a été détruit. Cette fois, le propriétaire a tout barricadé en attendant la venue d'un expert car les locataires (lire ci-dessous), réveillés en pleine nuit, assurent avoir vu des flammes au niveau de leur nouveau compteur Linky.

Ce soir sera donnée une conférence "Comment se protéger des ondes électromagnétiques à l'extérieur de l'habitat" et "Pourquoi refuser le compteur Linky ?" animée par David Bruno, ingénieur, auteur d'un livre sur les ondes. Ce soir à 18h30 à la Maison de la vie associative, rue Ampère à Salon. anosondes.13300. salon@protonmail.com Sur FB : collectif a nos ondes pays salonais stoplinkynonmerci.orgeco.relais.cote.cote.bleue.free.fr

 

"Je l'affirme, les flammes sont parties du compteur"

 

Une maison de village, dans une ruelle du centre de Châteauneuf-les-Martigues a brûlé. C'était quelques heures après le conseil municipal, dans la nuit de mardi à mercredi de la semaine dernière. Quelques heures après que Roland Mouren, le maire, a expliqué ne pas pouvoir s'opposer à la pose des compteurs Linky, tout en reconnaissant qu'il y a eu quelques désagréments qui l'ont conduit à écrire à Enedis.

Geoffrey a connu un problème, mais on a dépassé le cadre du simple désagrément : "J'étais chez moi, il était minuit. J'étais très fatigué mais j'avais des papiers à terminer, je travaillais sur l'ordinateur. Ma compagne et ma fille dormaient à l'étage. Il y a eu une petite baisse de tension suivie d'une coupure de courant.

Dans l'escalier j'ai vu de la fumée, je suis descendu et j'ai très clairement vu des flammes au niveau du compteur, vous savez le nouveau compteur Linky. On nous l'a installé le 28 novembre dernier et depuis, à plusieurs reprises, nous sentions des odeurs de cramé. Je n'avais rien sous la main et je ne voulais pas balancer de l'eau sur un compteur électrique. Alors j'ai hurlé de toutes mes forces pour réveiller ma compagne et ma fille.

Nous sommes ensuite sortis tous les trois et j'ai appelé les pompiers. Je leur ai donné un maximum d'infos, que le feu avait pris au rez-de-chaussée où se trouve le compteur et que tous les câbles électriques prenaient feu. Après, c'est allé très vite. Le temps qu'ils déroulent leur tuyau, tout le rez-de-chaussée avait brûlé et à l'étage c'est plein de suie."

La famille est restée quelques heures en observation à l'hôpital. Pendant ce temps, le propriétaire des lieux a fait installer une porte de sécurité pour empêcher des actes de vandalisme. "Depuis, explique Geoffrey, nous sommes dans les démarches administratives."

Mais il est un peu perdu et c'est bien normal quand on se retrouve sans rien, même plus de vêtements, du jour au lendemain. Une chose est sûre à ses yeux, cependant : "C'est ce compteur Linky qui a pris feu. J'ai voulu porter plainte contre Enedis mais au commissariat on m'a dit de me rendre au tribunal que ce n'était pas possible.

Et au tribunal, on m'a dit qu'il fallait que je sois dans un collectif pour porter plainte mais on m'a fait comprendre que ce serait difficile à prouver." Outre l'expert de l'assurance, un expert indépendant devrait être mandaté. "Quand je pense que j'aurais dû être couché à cette heure-là..." La mairie de Châteauneuf a été particulièrement réactive en proposant un logement d'urgence à cette famille.

 

Les motions d'avis défavorables votées par plus de 500 maires

 

C'est surtout là que le bât blesse. Les "anti" Linky dénoncent "des méthodes brutales" d'installation, "sans concertation" et un déploiement "en taches de léopard" dispersant les éventuelles frondes. Et de rapporter de nombreux témoignages faisant état de méthodes "intimidantes" et "harceleuses". Des pratiques que l'ancienne ministre de l'Environnement avait demandé de faire cesser.

Philippe Mouloubou, président du directoire d'Enedis, avait alors assuré qu'il "n'y aurait pas de clients exclus du dispositif Linky sauf ceux qui ne voudront pas ouvrir leur porte. On n'a pas vocation à forcer la porte." Comprenez que si votre compteur est situé à l'extérieur de votre maison, il sera difficile d'empêcher les sous-traitants d'Enedis de l'installer (lire ci-dessous).

"Et si le particulier sort pour s'y opposer, l'agent (parfois en voiture banalisée) lui fait croire que le compteur sera à sa charge ou qu'il risque une amende", rapporte Guy Defrance d'Eco-Relais. C'est de l'intimidation mais ça marche auprès des personnes âgées.

Le maire de Châteauneuf qui, après s'être renseigné, assure "ne pas pouvoir s'immiscer dans la gestion publique de l'électricité" a confié que "quelques dysfonctionnements avaient eu lieu, notamment chez un particulier qui s'est retrouvé avec du 380.

Nous avons donc écrit à Enedis. Mais ce n'est quand même pas de ma faute s'ils changent les compteurs à l'extérieur quand les gens sont absents." À l'inverse, les collectifs assurent qu'il suffit au maire de faire voter une délibération (ce que plus de 500 en France on fait), de prendre un arrêté ou donner un avis défavorable à l'installation de compteur communicant (vont arriver aussi ceux pour le gaz et l'eau) sur ou dans les transformateurs et postes de distribution de la commune.

Les "anti" l'assurent, "la commune reste propriétaire des compteurs d'électricité (Article 1er du décret nº2007-1280 du 28 août 2017 et L.322-4 du code de l'énergie) même lorsqu'elle a délégué sa compétence à un syndicat d'énergie." Certaines, comme Eguilles, Jouques, Berre, Le Rove, Velaux, Salon, Grans ou La Fare, ont donné un avis défavorable. Dans le Vaucluse, le préfet a transmis les délibérations au Tribunal administratif, les considérant comme illégales.

Audrey LETELLIER

 

source : http://www.laprovence.com/article/societe/4858576/compteurs-linky-la-grogne-monte.html

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