BALSCHWILLER:Compteur électrique Linky : ami ou ennemi ?

29/11/2017

 

 

 

La fronde contre le nouveau compteur électrique Linky s’organise dans le Sundgau. Après Bréchaumont et Dannemarie, un troisième collectif anti-Linky vient de voir le jour à Balschwiller. Il organise une conférence ce jeudi à 20 h à Hagenbach.

 

 par Anne Ducellier ,

 

 

Les compteurs Linky inquiètent une partie de la population. Archives L’ Alsace/Jean-Paul Frey 

 

C’est un boîtier de forme rectangulaire et de couleur vert anis. Il a un petit nom de cinq lettres fort sympathique : Linky. En anglais, link signifie « lien, liaison ». Plutôt bien trouvé pour désigner un compteur électrique qui « communique » : il permet en effet de mesurer la consommation en temps réel et de la télétransmettre au fournisseur d’électricité.

 

Environ 35 millions de ces nouveaux compteurs doivent remplacer les anciens appareils bleus en France d’ici à 2021. On précise « environ », parce que, depuis leur déploiement qui a commencé en 2015, seuls 7 millions de boîtiers Linky ont été installés par Enedis. Partout en France, des groupes d’opposants essaiment et tentent d’empêcher ce qu’ils appellent « un scandale sanitaire, écologique, économique » et dénoncent « un déni de démocratie ».

 

La contagion anti-Linky gagne le Sundgau : après Bréchaumont et Dannemarie, un troisième collectif a vu le jour, début septembre, à Balschwiller. Rassemblant des habitants des cinq communes voisines (Buethwiller, Eglingen, Hagenbach, Gommersdorf et Gildwiller), il organise une conférence à Hagenbach ce mercredi 29 novembre à 20 h. Deux autres groupes réfractaires seraient en gestation à Altkirch et à Pfetterhouse…

 

Mais qu’est-il reproché exactement à cet appareil connecté dernier cri ? Réponses des deux porte-parole du collectif de Balschwiller : Christine Munsch, professeur de religion en collège, et Marie Caspard, assistante maternelle.

 

Risques sanitaires

Linky fonctionne grâce à la technologie du CPL, entendez du « courant porteur en ligne », qui permet de transformer notre réseau électrique en un vrai réseau informatique. Problème : « Notre réseau n’est pas adapté pour recevoir ce courant, explique Marie Caspard. Les câblages ne sont pas blindés » et donc ils ne protégeraient pas contre les ondes électromagnétiques qui sont émises. Les compteurs ont beau être installés à l’extérieur de l’habitation, « ça ne change rien  : la nocivité ne vient pas du boîtier, mais du réseau   ». Reste que l’exposition domestique aux ondes vient surtout des téléphones portables et du wi-fi, selon l’association UFC-Que Choisir… « Oui, mais chacun est libre de couper son téléphone et le wi-fi. Et puis ce n’est pas parce qu’il y a déjà des ondes qu’il faut en rajouter », rétorque Marie Caspard.

 

Ce n’est pas tout : selon la Balschwilleroise, une fois les compteurs posés, « pour optimiser le système, Enedis va déployer des concentrateurs tous les 50 Linky. Ça fera 700 000 concentrateurs ! Ce seront des antennes relais à hauteur d’hommes également nocives. Et comme elles seront sur la voie publique, on n’aura pas de poids là-dessus ! »

 

Précisons que les champs électromagnétiques sont classés comme étant « peut-être cancérigènes pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Cependant, en 2016, l ’ Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) jugeait « très faible » «  la probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants n’engendre des effets sanitaires à court ou long terme ». Enfin, pour Enedis, aucun doute possible : le compteur communicant « est sans danger, ni pour la santé, ni pour l’environnement ».

 

Enjeux écologiques et économiques

L’environnement, justement, parlons-en. Là encore, les deux porte-parole du collectif Stop Linky de Balschwiller ont affûté leurs arguments. « Toutes les ampoules led seront bonnes à jeter ! », lâchent-elles. Selon une étude néerlandaise, le compteur ne serait pas adapté à ces ampoules dernière génération et surestimerait leur consommation… La facture va augmenter pour le consommateur, assure Marie Caspard, et pour une autre raison : c’est la puissance réactive en kilovolt ampère qui sera mesurée, et non plus la puissance active en kilowatt heure. « La note peut doubler voire tripler, ça dépendra de votre consommation et de vos appareils. » Mais toujours selon l’association UFC-Que choisir, rien ne prouve à l’heure actuelle que le compteur Linky entraîne une augmentation de la consommation et de la facture.

 

« C’est du gaspillage !, reprend Marie Caspard. Les 35 millions de Linky vont coûter entre 7 et 10 milliards d’euros. Pourquoi démonter et jeter les anciens compteurs qui fonctionnaient bien et longtemps pour les remplacer par des appareils qui ont une durée de vie de dix ans ? » Il faut savoir que Linky impliquera une meilleure gestion du réseau. Les économies engendrées (diminution des pertes sur le réseau, fin de la relève à pied par les agents, meilleur ciblage des investissements…) doivent permettre à Enedis d’amortir une partie du coût des nouveaux appareils.

 

Dérive démocratique

Le compteur électrique communicant peut recevoir et envoyer des informations à distance. Ce qui fait dire à Marie Caspard que « c’est un mouchard ». La Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a jugé en effet qu’ « une analyse approfondie des courbes de consommation pourrait permettre de connaître les habitudes de vie des occupants ». Vrai et faux ! La collecte des données personnelles est sécurisée, répond Enedis qui s’est engagée à ne pas les utiliser, ni à les transmettre .

 

Autre menace pour les libertés  : « Les poseurs de Linky font de l’installation forcée avec intimidation et violation de domicile. Ce sont des méthodes de voyous » , résument Marie Caspard et Christine Munsch. Elles martèlent que chacun est en droit de refuser la pose d’un compteur Linky. « On est des citoyens lambda, on veut juste défendre nos droits. La manière dont on nous impose ce compteur est antidémocratique. » En créant un collectif à Balschwiller, elles veulent « imposer le principe de précaution » et informer les gens , en particulier les maires « qui ne sont pas trop de notre côté ». Pourquoi les premiers magistrats sont-ils en première ligne ? Parce que si la gestion des Linky est déléguée à des syndicats d’électricité, « les communes sont propriétaires des appareils ».

 

Dans le Haut-Rhin, une vingtaine de maires s’opposent au compteur Linky, dont trois dans le Sundgau : Bertrand Ivain, maire de Saint-Bernard, Fabien Ulmann, maire de Seppois-le-Haut, et Daniel Dietmann, maire de Manspach.

 

Y ALLER

Conférence ce jeudi 30 novembre à 20 h à la salle communale La Tuilerie, 16 rue de Cernay à Hagenbach, organisée par le collectif Stop Linky de Balschwiller et animée par Jean-Philippe Léglise et Patrick Richardet, de l’association Groupe Colmar santé. Entrée libre.

 

Internet : www.stop-linky-68.com

 

 Source  http://c.lalsace.fr/haut-rhin/2017/11/28/compteur-electrique-linky-ami-ou-ennemi

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